Agir avec la nature. Vers des solutions durables
Laurent PIERMONT
Éditions du Seuil
Parution : 22 avril 2010
Prix : 18 euros
ISBN : 978-2-02-097150-8
Publié avec le soutien du CNL
Note de lecture
Si les débats actuels portant sur l’écologie sont aussi houleux, sans doute est-ce parce qu’entre climatologues catastrophistes, personnalités politiques béotiennes et climatosceptiques convaincus, il devient difficile d’entendre une voix modérée qui prenne le temps d’expliquer les enjeux écologiques sans verser dans un parti pris outrancier ou dans la déclaration polémique. Aucun écueil de ce genre dans le nouvel essai de Laurent Piermont intitulé Agir avec la nature. Vers des solutions durables : si l’auteur de cet ouvrage, ingénieur agronome et docteur en écologie, se veut foncièrement optimiste, rappelant sans cesse que la nature sait s’adapter et que des pays comme la France montrent des signes encourageants de prise en compte de la protection de l’environnement, il ne nie pas l’urgence de certains problèmes.
À la tête de divers organismes tentant de mêler harmonieusement réalisme économique et défense de l’environnement (notamment la Société forestière de la Caisse des Dépôts, le Fonds carbone européen et CDC-Biodiversité), Laurent Piermont sait qu’il a plus de chances de convaincre ses lecteurs en usant de pédagogie qu’en se contentant de livrer un énième brûlot alarmiste sur la survie des espèces. Face aux intégristes de la nature, il rappelle, entre autres, que dans les années 1980, les experts avaient annoncé à l’unanimité la disparition des forêts à cause des pluies acides. Il en appelle aussi au relativisme en évoquant des mesures qui, en visant à protéger une espèce menacée, se sont avérées néfastes pour une autre : faut-il privilégier les poissons ou les oiseaux du marais d’Orx dans les Landes, le fadet des laîches ou le damier de la succise (papillons), l’orchidée ou l’azuré du serpolet au Royaume-Uni ?
Pour autant, l’auteur se refuse à tout attentisme : « (…) mon propos n’est pas d’ironiser sur les contradictions ou de laisser entendre que la relativité des points de vue et leur variation démontrent l’inconsistance des objectifs écologiques mais de souligner que la question est compliquée et que la seule volonté de « protéger la nature » ne suffit pas. Qu’on ne puisse se contenter de quelques idées ou règles simples ne disqualifie pas la question et n’empêche pas de fixer des objectifs ni d’atteindre des résultats ». Face à la nécessité d’agir, Laurent Piermont reprend la distinction effectuée par François Jullien dans son Traité de l’efficacité entre l’approche européenne, basée sur la planification des objectifs, et la stratégie chinoise, tout en anticipation et en laisser-faire.
La défense de l’environnement ne peut faire abstraction d’un certain pragmatisme économique. L’auteur démontre d’ailleurs, études chiffrées à l’appui, que le respect de la nature est économiquement plus viable à long terme que le refus de sa prise en compte. En comparant la part dérisoire des investissements qui lui sont consacrés par les budgets des États et le coût faramineux des catastrophes naturelles (les exemples sont multiples), Laurent Piermont milite en faveur d’une gestion intelligente des ressources naturelles, qui avant d’être des richesses pour l’homme, garantissent son bien être sur terre.
Par Alexandre Drier de Laforte

