Apollinaire et l’Enchanteur pourrissant
Jean BURGOS
Éditions : Calliopée
Parution : 20 novembre 2009
Prix : 30 euros
ISBN : 9782916608174
Publié avec le soutien du CNL
Note de lecture
Œuvre matrice de Guillaume Apollinaire, L’Enchanteur pourrissant prend le personnage de Merlin, le magicien de la légende arthurienne, pour un double du poète. Empruntant dans sa forme au théâtre, au poème et au roman, l’ouvrage qui regorge de références à la mythologie antique, celtique et à la Bible, n’est ni le plus lu ni le plus connu du poète. Après une première publication en revue, dès 1904, ce texte composé par Apollinaire dés l’âge de dix-huit ans, parut en 1909 chez Henry Kahnweiler illustrée de bois gravés d’André Derain. C’est aujourd’hui une rareté réservée aux bibliophiles. En 1972, Jean Burgos, professeur émérite des Universités et fondateur de Circé (Cahiers de Recherche sur l’Imaginaire) a publié une étude considérée comme fondamentale à l’occasion d’une édition critique de l’Enchanteur chez Minard. Pourquoi alors revenir sur ces « gammes » du poète et sur leurs péripéties ?
Il ne s’agit pas là d’un succédané de la précédente édition, explique Jean Burgos, ni d’une suite de variations destinées à l’agrémenter mais bien d’un « nouveau regard porté sur l’œuvre qui voudrait éclairer mieux la genèse et les cheminements de la poétique apollinienne. ». A la faveur de l’acquisition par la Bibliothèque nationale de France d’un premier manuscrit de L’Enchanteur, l’exégète a en effet découvert des cahiers inédits qui lui ont ouvert les portes d’un « chantier exemplaire », constitué de brouillons, de fragments abandonnés, d’ajouts, et de ratures ayant contribué à l’élaboration de l’Enchanteur.
Jean Burgos nous convie donc à une véritable fouille dans les arcanes de la poétique apollinarienne et décèle déjà, dans cette première œuvre, « l’itinéraire » pointé par André Breton, Si l’on savait déjà, depuis longtemps que L’enchanteur pourrissant avait permis à son auteur de « se glisser dans la peau de Merlin, fils de diable et maître de tous les sortilèges, et par là même, à défaut de résoudre ses problèmes personnels, de s’octroyer nombre de pouvoirs for utiles au poète en se rêvant enchanteur », on ignorait en revanche que le portrait du Merlin légendaire avait été « réajusté, remodelé, corrigé, sinon recomposé, et cela pour mieux figurer le prophète des temps modernes ». Or, c’est bien cette dimension que révèle tout particulièrement l’ultime chapitre, « Onirocritique » écrit à la première personne, en 1908, et ajouté in extremis au poème. Ainsi, l’étude magistrale de Jean Burgos propose une nouvelle lecture de l’oeuvre la gestation d’un personnage mythique : le poète lui-même. Dont le but n’était rien moins que « la réinvention de la poésie ».
Par Claire Julliard
