Décès de Thierry Jonquet, romancier, figure majeure du néo-polar français.

Faire de la littérature l’exutoire du réel, la prendre à témoin des ratages de la machine sociale n’est pas toujours le gage d’une œuvre réussie. Pour Thierry Jonquet, si. Celui qui était devenu l’un des éminents représentants du néo polar à la française, après s’être usé sur tous les fronts du travail social, vient de nous quitter, non sans nous léguer une poignée de nouvelles, quelques bandes dessinées et surtout une vingtaine de romans noirs au réalisme inouï.

Sur le lot, pas un qui n’ait tiré profit du spectacle de la misère humaine, pas une de ses intrigues qui ne se soit nourrie de l’adversité du monde, vécue jour après jour, à l’hôpital, dans les services gériatrique et pédiatrique, puis dans les régions désolées de la société civile, l’asile psychiatrique, les zones d’éducation spécialisées, les centres de détention pour mineurs… Thierry Jonquet a su couler l’âpre matière de la douleur sociale et de la barbarie ordinaire dans le moule d’un genre, sans rien sacrifier de l’acidité de son expérience au prestige des belles lettres et de la Série noire.

Le CNL est fier d’avoir pu le compter parmi ses membres de commission et d’avoir soutenu son œuvre. Parler d’engagement à son sujet serait un euphémisme. Cet ancien militant trotskyste avait reporté sur son office d’écrivain toute l’amertume politique de ses illusions déçues. Bien lui en a pris : son œuvre, nourrie de ce désenchantement douloureux, est l’œuvre d’une conscience, précieuse et vivante.