Essais et traités sur plusieurs sujets, II

David HUME

Éditions : Vrin
Parution : 9 novembre 2009
Prix : 30 euros
ISBN : 978-2-7116-2247-4
Publié avec le soutien du CNL

Note de lecture

De David Hume, nous connaissons surtout la théorie empirique, oublieux que nous sommes des essais politiques et économiques qui faisaient sa notoriété au dix-huitième siècle. Cette nouvelle traduction de l’ensemble de ses œuvres philosophiques, entreprise par Michel Malherbe, a donc l’immense avantage de rétablir la diversité d’une pensée en prise avec l’actualité de son temps. Les questions traitées par les essais de ce deuxième volume reflètent fidèlement les préoccupations de l’époque : le luxe est-il favorable ou nuisible à la nation ? Faut-il encourager la création de papier-monnaie, au détriment d’un système purement métallique ? La Grande-Bretagne doit-elle miser sur le libre-échange ou se réfugier derrières les protections douanières ? Peut-on trouver un point d’équilibre entre l’obéissance à la Couronne prônée par le parti Tory et la liberté parlementaire exaltée par les Whigs ?

Le philosophe écossais n’a rien du journaliste ni du pamphlétaire : loin de se complaire dans les enjeux immédiats, il met sa vaste érudition classique au service de la recherche de principes à même de guider une politique durable. Dans sa défense du luxe, il évoque ainsi l’Empire Romain, dont il estime que la décadence et la chute furent provoquées par un mauvais gouvernement et des conquêtes excessives, et non par un déluge de débauches et de raffinements. A ses yeux, les parlementaires hostiles au luxe mésinterprètent à la fois l’histoire romaine et leur propre situation, puisque leur nouveau pouvoir politique provient de ces progrès mêmes qu’ils fustigent.

Hume excelle à démasquer les contradictions logiques qui fondent la plupart des lieux communs que débitent ses contemporains. Il démonte ainsi pièce à pièce le système mercantiliste en prouvant que l’obsession du manque d’argent est préjudiciable à la nation, car elle lui fait perdre de vue ses vraies richesses : les hommes et les marchandises. Il s’attaque de même aux barrières douanières érigées par peur du déficit commercial : les nations civilisées sont prises dans un tel entrelacs d’intérêts réciproques qu’on peut les comparer à des vases communicants. S’il est bien une constante dans ces différents essais, c’est la lutte contre la nostalgie républicaine et son apologie désuète de l’autarcie et de la frugalité. De façon pragmatique, voire prosaïque, Hume se propose uniquement de découvrir les moyens les plus rationnels d’assurer bonheur populaire et puissance nationale.

En ce sens, il annonce les Physiocrates. Comme chez ces derniers, l’apologie du libre-échange se fonde sur une confusion entre commerce et nature : « La nature qui a diversifié les nations par leur génie, leur climat et leur sol, a permis leurs échanges et favorisé leur commerce mutuel ». De façon paradoxale, la critique subtile et virtuose des préjugés d’autrui puise son énergie dans un mythe moderne.

Par Rudy Le Menthéour