Gaetano Donizetti
Gilles DE VAN
Éditions : Bleu Nuit
Parution : 20 mai 2009
Prix : 20 euros
ISBN : 978-2913575936
Publié avec le soutien du CNL
Note de lecture
L’œuvre lyrique de Gaetano Donizetti a été victime d’une condescendance tenace de la part du public moderne. Ce compositeur prolixe, auteur d’opéras (plus de 70 œuvres sont inscrites à son répertoire), mais aussi de musique de chambre, de musique religieuse et de musique symphonique –13 symphonies à son actif !! – a longtemps été accusé de facilité et de superficialité. Sa rapidité d’écriture, sa faculté à enchaîner les projets d’opéra-bouffe, d’opéra semi-serio et serio loin d’être versées au crédit de son génie, ont été jugée douteuses.
Pourtant, Donizetti, trait d’union musical entre les deux grandes figures de l’opéra italien que sont Rossini et Verdi, contemporain du génie foudroyé à l’âge de 33 ans que fut Bellini, et confronté au puissant maëlstrom du wagnérisme, est le maître incontesté du bel canto romantique. Si cette école lyrique, caractérisée par des prouesses vocales qui requièrent une époustouflante habileté technique de la part des interprètes, a pu être accusée par ses détracteurs de manquer de souffle dramatique, elle jouit aujourd’hui d’un regain d’engouement. Grâce aux musicologues mais également aux chefs d’orchestre et au prestige de ses interprètes -dont la Callas ne fut pas le moindre exemple -, l’œuvre du compositeur, depuis une cinquantaine d’années, est elle aussi largement réhabilitée.
L’ouvrage de Gilles de Van, spécialiste émérite de bel canto italien, se concentre uniquement sur la production lyrique du bergamasque. D’un accès facile, didactique, cette biographie parue dans la collection horizons des éditions Bleu Nuit, retrace dans les deux premiers chapitres la vie du compositeur et le contexte des conditions de création à l’époque du compositeur. Dans les quatre chapitres suivants, Gilles de Van traverse toute l’œuvre de Donizetti, de Enrico di Borgogna à Dom Sebastien, roi de Portugal, s’attardant plus particulièrement sur les chefs d’œuvre comme Anna Bolena, Lucia di Lammermoor ou bien encore Maria Stuarda ou Roberto Devereux.
Issu d’un milieu modeste, le jeune Gaetano devient très jeune l’élève de Simon Mayr avant de rejoindre Stanislao Mattei qui fut également le maître de Rossini. Dès les années 1820, il donne plusieurs de ses créations dans les principaux théâtres d’Italie (Milan, Rome, Naples), avant d’être appelé, gage de son succès grandissant, à Paris, par Rossini, puis de faire un retour triomphal à Naples où il crée son chef d’œuvre, Lucia di Lammermoor. Bien qu’éprouvé par la mort de plusieurs de ses enfants et par celle de sa femme en 1837, celui que Gilles de Van nomme « l’Européen » compose de nouveaux opéras, et non des moindres, et conquiert les grandes capitales culturelles de l’époque, Paris en tête, Vienne, etc. On apprend au passage que sa facilité d’écriture n’est pas tout à fait fortuite : les droits d’auteur protégeant la propriété artistique étant encore quasi-inexistants, le compositeur était contraint de multiplier les projets pour subvenir aux besoins de son existence et de sa famille. En 1845, Donizetti qui a contracté la syphilis dans sa jeunesse voit son état de santé se dégrader. Interné à Ivry, il est soustrait à la clinique psychiatrique grâce à l’intervention de son frère et de son neveu et regagne Bergame où il s’éteint, le 8 avril 1848.
Par Richard Bouille
