Hébron

Tamir GREENBERG

Éditions : Éditions théâtrales, Maison Antoine Vitez
Parution : 13 novembre 2009
Prix : 14 euros
Traduit de l’hébreu par Laurence Sendrowicz
ISBN : 978-2-84260-324-3
Publié avec le soutien du CNL

Note de lecture

La pièce s’ouvre sur un prologue allégorique, où dialoguent des oliviers, « le jour de douceur printanière » et la « terre nourricière » qui se plaint du nombre et de l’âge des morts à accueillir. Le ton est donné. La pièce de Tamir Greenberg mêlera pendant trois actes le réalisme sanglant du conflit israélo-palestinien à la poésie des éléments qui, révoltés contre la violence des hommes, commentent, tel un chœur naturel, l’affrontement de deux peuples à travers celui de deux familles. Lorsque le fils aîné des Canaani, Halil, tue par erreur le jeune Yotam Maimon, fils du gouverneur d’Hébron, Eliav Maimon, le fils aîné, ne peut que répondre, comme une espèce de fatalité, par le meurtre, accidentel lui aussi, de Naïm, le fils de Halil. A ces morts innocentes, les mères, Rachel et Rayna, ripostent à leur tour par le refus d’enterrer leurs enfants tant que justice n’a pas été faite, alors même que la justice n’existe plus. Implacable comme une tragédie, la pièce déroule alors ses morts et ses représailles, tandis que la révolte gagne la ville, et que la terre réclame ses morts, sous peine de les refuser à jamais. Boaz Maimon tue Samar, la femme de Khader Canaani, Halil tue le meurtier de son fils, Eliav, et meurt avant de parvenir à tuer la dernière des Maimon, Ayala. Pas de parti pris dans cette pièce ou chacun des camps a la parole pour exprimer sa douleur, son incompréhension, sa haine ou son amour. Halil se révolte contre la domination israélienne qu’il estime usurpée alors que Rachel dénonce la mort des innocents dans une guerre qui ne devrait pas les concerner. L’absurdité du conflit est toute entière résumée dans les scènes de check point, qui seraient tout à fait comiques si elles n’avaient des conséquences fatales. Le soldat Shmouéli, qui ne sait plus ni pourquoi, ni pour combien de temps il est là, déshumanisé au possible par un règlement inepte et contradictoire, garde un lieu de passage qui n’en est plus un, embarqué dans un conflit dont il ne connaît plus les termes. Le cercle de la vengeance, les morts que l’on sait inévitables, la présence du chœur de la nature et de la terre qui ne peuvent qu’assister impuissants à la folie des hommes, tout concourt à faire de cette pièce une tragédie contemporaine, jusqu’à l’apocalypse finale qui fait crouler Hébron sous l’invasion des morts, des rats et des flammes. L’abattage de l’oliveraie commune aux Maimon et au Cannani prend alors des accents tchékhoviens, et c’est bien à l’écroulement d’un monde que l’on assiste, à peine éclairé par la fuite surréelle des deux derniers enfants de chacune des familles.

Par Anne Pellois