Histoire des Etats-Unis contemporains
Pierre MELANDRI
Edition : André Versaille
Parution : 25 septembre 2008
Prix : 34,90 euros
ISBN : 978-2-87495-009-4
Publié avec le soutien du CNL
Note de lecture
Comment une simple colonie s’est-elle métamorphosée en superpuissance économique, militaire et culturelle ? Selon Pierre Melandri, professeur d’histoire spécialiste des Etats-Unis, ces transformations spectaculaires ont une source spirituelle : c’est la « conviction intime » de posséder le « pouvoir de recommencer le monde » (Thomas Paine) qui a permis aux citoyens américains de bâtir un tel empire. Contestant une vision purement matérialiste de la grandeur américaine, l’auteur se garde pourtant de sombrer dans le vague éloge de vertus nationales. Bien au contraire, il analyse avec finesse les liens délicats qui nouent l’intention affichée aux intérêts réels de telle ou telle catégorie sociale. Tout au long du chemin vers la puissance, le projet national est la proie des doutes et l’enjeu de choix cruciaux. La première alternative oppose une république agraire et autarcique de petits propriétaires, prônée par Jefferson, au modèle de Hamilton, qui préconise de puissantes industries et un commerce fructueux, au risque de susciter de profondes inégalités sociales. Evidemment, les alternatives abstraites subissent la distorsion de conflits bien concrets : c’est la victoire du Nord au terme de la guerre de Sécession (1865) qui guide définitivement le pays sur la voie tracée par Hamilton. Mais Melandri s’attache à faire éclater l’image d’une Amérique trop massive, lancée comme une locomotive en furie sur les rails du Grand Ouest. Son ouvrage est l’antidote rêvé aux illusions rétrospectives, car il présente une histoire ouverte, riche en débats et en heurts de toute sorte. Si « l’Evangile de la Richesse » a imprimé sa marque sur la nation, si les puissances de l’argent y ont toujours joué un rôle prépondérant, des mouvements comme le progressisme (à l’aube du XXème siècle) et des programmes politiques comme le « New Deal » (mis en œuvre par Roosevelt dans les années 1930) montrent combien l’énergie démocratique a toujours permis aux Etats-Unis de se ménager la liberté de changer. Sensible au projet unique, l’auteur explore la prodigieuse diversité d’une société en constant bouleversement. Sous sa plume, les patrons opportunistes et les politiciens verreux côtoient les pasteurs illuminés, les leaders syndicaux et les membres du KKK. Impartial, l’auteur ne se range jamais dans un camp idéologique, scrutant ainsi avec précision et empathie les déceptions des classes moyennes qui ont fini par porter Ronald Reagan au pouvoir. Il dévoile les ressorts de la ruée vers l’Ouest, qui fut au moins autant le résultat d’une volonté politique tenace que le fruit de l’esprit pionnier, suit les méandres des deux principaux partis et de leurs clientèles respectives, porte autant d’attention aux néoconservateurs qu’à la « Nouvelle gauche » et, enfin, dénoue l’écheveau de la politique étrangère américaine avec une incomparable clarté. Le résultat, c’est à la fois une véritable somme qui servira de manuel de référence aux étudiants sur la période s’étendant de la Sécession à la fin du deuxième mandat de George W. Bush, et un portrait contrasté de l’Amérique qui dévoile au public les complexités d’un pays trop souvent caricaturé.
Par Rudy Le Menthéour

