Jean Rolin
Année sabbatique

La bourse d’année sabbatique que vous a octroyée le CNL pour écrire vous a-t-elle permis de vous dégager des contraintes de la vie active ?
Mais je ne suis pas, ou plus, dans la vie active ! J’y étais jadis, j’ai travaillé dix ans pour Libération comme collaborateur extérieur puis quatre ans au Figaro, où j’étais salarié. Actuellement, j’essaye de vivre de mes livres dans la mesure où je ne fais plus guère de reportages. Et je passe beaucoup de temps à rechercher de l’argent pour financer mes projets, dans la mesure où mes livres nécessitent généralement de longs déplacements. Certains, comme L’Explosion de la Durite, qui m’a emmené au Congo Kinshasa, exigeait ainsi un important soutien logistique. D’autres moins. Pour mon livre Chrétiens, j’ai passé deux mois en Palestine, où je vivais le plus souvent chez des religieuses ou des curés. Heureusement, P.O.L., mon éditeur, se montre assez généreux en ce qui concerne mes frais... Mais pour mon dernier livre, j’avais besoin de faire le tour du monde. Il me fallait un soutien supplémentaire. J’ai donc soumis une lettre d’intention au CNL. Celle-ci définissait mon projet d’enquête sur les chiens errants, dans le monde et dans la littérature. Finalement, le livre que j’ai écrit, Un chien mort après lui, correspond d’ailleurs assez bien à la présentation que j’en avais faite. J’ai été très heureux d’obtenir cette bourse d’année sabbatique. Je ne m’en serais probablement jamais sorti sans cela.
Cette aide a financé vos déplacements dans un nombre impressionnant de pays...
Oui, mais j’ai aussi recyclé la matière et les souvenirs de précédents voyages. Le livre s’ouvre sur une séquence au Turkménistan : j’y ai utilisé la matière d’un ancien reportage pour Géo. Pour la partie libanaise, je me suis servi du séjour que j’avais fait dans la région pour le Nouvel Observateur en qualité d’envoyé spécial. Aux États-Unis, j’étais invité par des universités. Et ainsi de suite. En revanche, pour ce qui concerne la Thaïlande, l’Australie, Haïti, la Russie ou le Mexique, je n’ai pu m’y rendre que grâce à l’aide du CNL et de mon éditeur.
Cette enquête sur les chiens errants vous a donc pris un certain temps.
Oui, c’est un travail qui s’est étendu sur deux ans. On peut dire que le CNL m’a financé, en partie, durant toute cette période. J’ai ainsi évité les acrobaties auxquelles je dois me livrer habituellement pour gagner ma vie et écrire mes livres. J’ai pu vraiment me concentrer sur mes lectures, sur mes voyages et sur l’écriture sans trop me soucier des questions annexes.
Propos recueillie par Claire Julliard