L’Égalité c’est la santé
Richard WILKINSON
Éditions : Demopolis
Parution : 04 février 2010
Prix : 21 euros
Traduit de l’anglais par Corinne Hewlett
ISBN : 978-2-35457-033-0
Publié avec le soutien du CNL
Note de lecture
« Dis-moi dans quelle société tu vis, je te dirai comment tu vas » : cette assertion est au cœur du paradigme développé par Richard Wilkinson dans The Impact of Inequality : How to Make Sick Societies Healthier, qu’une traduction rend aujourd’hui accessible aux lecteurs francophones. L’ouvrage de cet épidémiologiste britannique renommé, paru en 2005, porte en français un titre percutant qui a gagné en concision à la faveur de la traduction : L’Egalité c’est la santé.
R. Wilkinson ne pèse pas ses mots au trébuchet : il affirme que les sociétés inégalitaires engendrent des injustices en matière de santé comparables à une « violation des droits humains ». Le ressort qui anime toute sa démonstration est l’existence d’un lien étroit entre la position d’un individu sur l’échelle sociale et son état de santé. Mais si les conditions matérielles, elles-mêmes corrélées au niveau de revenus, influent sur le bien-être (un logement insalubre ou une ration alimentaire insuffisante dégradent la santé), c’est avant tout la reconnaissance sociale dont jouit l’individu qui conditionne son état sanitaire. Battant en brèche une idée reçue, l’auteur déplace donc la perspective et permet d’envisager autrement les failles de nos systèmes de santé.
Pour montrer que L’Egalité c’est la santé, R. Wilkinson a eu recours à de nombreuses études sociologiques et épidémiologiques, menées surtout dans les pays développés. L’observation de la vie sociale des bonobos, chimpanzés et autres babouins lui a également permis de comprendre comment réagissaient les primates que nous sommes face aux inégalités et au poids des hiérarchies. Il isole ainsi trois déterminants psychosociaux capables d’altérer notre fonctionnement biologique et de déclencher des maladies : tout d’abord le degré d’intégration dans des réseaux sociaux, puis le cadre affectif dans lequel grandissent les enfants et enfin le statut social. Les incidences de ce dernier facteur font l’objet d’un large développement : R. Wilkinson explique qu’un individu confronté à la pauvreté, à la xénophobie ou au sexisme subit au quotidien une forme de mépris l’installant dans une position de dominé qui engendre stress, anxiété, dépression…Or « le statut social se matérialise dans le corps » : le stress par exemple favorise l’élévation du fibrinogène, responsable de la coagulation du sang, et aggrave le risque de maladies cardiaques.
La réflexion de l’épidémiologiste britannique soulève in fine une question de taille : quel antidote administrer à nos systèmes de santé mal en point ? Puisque, à niveau de développement équivalent, la santé et l’espérance de vie des populations s’avèrent meilleures dans les sociétés les plus égalitaires, l’effort doit porter sur une réduction des disparités dont tous, même les plus aisés, tireront profit.
Par Sophie Mantienne

