La Morocosmie
Joseph DU CHESNE
Éditions : Droz
Parution : 3 juin 2009
Prix : 41,64 euros
ISBN : 978-2-600-01288-1
Publié avec le soutien du CNL
Note de lecture
Personnage haut en couleur, à en juger par les avis extrêmement partagés de ses contemporains qui voient en lui tantôt un « médecin remarquable pieux et savant », tantôt un « méchant pendart et charlatan » – avis auquel Bayle semble se ranger dans son Dictionnaire –, Joseph Du Chesne a tout ce qu’il faut pour susciter l’intérêt des lecteurs. Celui qui, suite à un mariage avec la petite-fille de Guillaume Budé, se fit appeler le Sieur de la Violette, compta parmi ses amis et connaissances les humanistes les plus brillants de son temps. Du Chesne sut également s’allier la protection des princes tels que François de Valois et Henri IV dont il se targue d’être le « conseiller et médecin ordinaire ». Ses opinions en matière médicale sont pourtant peu orthodoxes. Connu avant tout en tant que propagateur des idées paracelsiennes et défenseur des alchimistes, Joseph Du Chesne fut également calviniste et bourgeois de Genève, diplomate et homme de lettres. Avec La Morocosmie et les deux Chants doriques qui paraissent à Lyon en 1583, présentés et soigneusement annotés par Lucile Gibert dans une édition critique inédite, nous voyons là ses premiers essais poétiques.
De par son titre même – alliage inattendu des mots grecs moria (« folie ») et cosmos (« monde ») – et plus encore son sous-titre, De la folie, vanité, et inconstance du Monde, La Morocosmie s’inscrit dans la droite lignée de l’Éloge de la folie d’Érasme et de la Déclamation sur l’Incertitude, vanité et abus des sciences de Corneille Agrippa, traduit du latin en français un an avant la parution de l’ouvrage de Du Chesne par son confrère Louis Turquet de Mayerne. On y retrouve la veine satirique de ses illustres prédécesseurs ainsi qu’une certaine propension à l’inventaire. Puisant à pleines mains dans le trésor des lieux communs où tous ses contemporains trouvent de quoi étayer leurs arguments et propos, le Sieur de la Violette brosse un tableau vivant des vices de son temps, passant en revue les nations et les continents, les quatre éléments et les douze signes du zodiaque, les trois états et les professions diverses qui lui fournissent la charpente du poème. C’est tout un monde qu’il déploie devant nous, même s’il précise d’emblée que par « monde » il entend les « mondains de ce monde qui n’ont autre feu que leur convoitise, autre air que leur légèreté et folie, autre terre que leur maudite avarice, ny autre element d’eau que leur grande inconstance ».
C’est plutôt du côté des Chants doriques où l’inspiration de son condisciple Du Bartas se fait nette, et en particulier du Premier chant qui traite « De l’amour céleste », que nous devons nous tourner afin d’y voir évoqué le cosmos. Du Chesne se montre sans doute plus audacieux dans La Morocosmie où il semble, au détour d’une strophe, endosser les idées nouvelles de Copernic en révoquant l’immobilité de la terre. La fiction du vol interplanétaire mise en scène dans « De l’amour céleste » lui permet d’esquisser tour à tour les sept planètes avec leurs teintes et formes distinctives. Dans une belle métaphore filée qui serait de son cru, Du Chesne fait du ciel et de ses planètes la palette du Deus pictor. Mais si Du Chesne fait preuve d’originalité ce n’est pas tant par le fond que par la forme de son recueil. La Morocosmie appartient en effet à un genre poétique bref qui connaît alors son apogée, celui de l’ « octonaire » ou suites de huitains mis en musique, facteur indéniable de leur popularité. Les sizains en alexandrins des Chants doriques annoncent, quant à eux, les « stances » fort prisées des poètes du grand siècle.
Par Agnieszka Gratza
