La démocratie athénienne, une affaire d’oisifs ?
Saber MANSOURI
Éditions : André Versaille éditeur
Parution : 21 mars 2010
Prix : 24,90 euros
ISBN : 978-2-87495-019-3
Publié avec le soutien du CNL
Note de lecture
Dans La démocratie athénienne, une affaire d’oisifs ?, Saber Mansouri, helléniste et arabisant né en Tunisie, auteur d’une thèse sur le travail à Athènes au IVème siècle dirigée par Pierre Vidal-Naquet et professeur à l’École pratique des hautes études, s’attache tout d’abord à remettre en cause le recours systématique aux philosophes de l’Antiquité pour penser la réalité politique athénienne. Les trois premiers chapitres sont en effet consacrés aux liens entre les artisans, les commerçants et la politique dans l’œuvre de Platon, Aristote et Xénophon. Préoccupés par le projet de description de la cité idéale, ces auteurs, démontre Mansouri, ont fini par se désintéresser des réalités athéniennes. En multipliant ses sources comme le montre son impressionnante bibliographie et en se référant aussi bien à des discours officiels de dirigeants politiques, à des décrets et à des inscriptions retrouvées récemment qu’aux comédies d’Aristophane, l’historien renouvelle entièrement notre appréhension de la démocratie athénienne et montre qu’elle se construit aussi dans les ateliers, où se tiennent de petites assemblées, et à l’agora, où émerge une forme de démocratie d’opinion : « Souvent, lorsqu’on évoque la politique, on pense aux institutions de la cité (…). Or, à Athènes, on peut parler aussi d’une autre politique, celle qui se fait en dehors des institutions de la cité ». L’auteur fait en effet cette découverte : les citoyens athéniens qui ne travaillaient pas et avaient le droit de vote n’étaient pas les seuls à participer à la vie politique athénienne. Les artisans et les commerçants aussi, bien que dépourvus de citoyenneté, ont été des acteurs importants de la vie politique de l’époque. Dans les deux derniers chapitres, Mansouri démontre que les métèques et les esclaves n’étaient pas en reste et multiplie les exemples d’ascension sociale : tel étranger ou tel affranchi s’enrichit, acquiert la citoyenneté, prend les armes pour défendre la cité lorsque celle-ci est attaquée…
In fine, c’est toute une vision de l’histoire qui est remise ici en cause, celle fondée sur la conception de Max Weber qui assimile le citoyen athénien à un homo politicus. En prouvant à l’aide de documents historiques variés, que les citoyens athéniens ont peu à peu exercé des activités économiques auparavant considérées comme avilissantes et, qu’inversement, les artisans, commerçants, métèques et esclaves se sont peu à peu approprié le système démocratique, Saber Mansouri démontre la mobilité essentielle de la société athénienne. Loin d’être seulement l’affaire des intellectuels et des penseurs, la démocratie est déjà l’affaire du peuple et des travailleurs et s’inscrit durablement dans l’histoire de la Grèce y compris ultérieurement, à l’époque des royaumes hellénistiques.
Par Alexandre Drier de Laforte
