Lowboy
John WRAY
Éditions : Payot & Rivages
Parution : 4 novembre 2009
Traduit de l’américain par Marc Amfreville
Prix : 22 euros
ISBN : 978-2-7436-2011-0
Publié avec le soutien du CNL
Note de lecture
Le réchauffement climatique est une réalité incontestable. Si rien n’est fait pour l’endiguer, l’humanité est condamnée. Ce constat est le point de départ du raisonnement troublé de William Heller, dit Lowboy (« vaurien », en français), jeune schizophrène à tendance paranoïde. C’est donc pour sauver le monde que cet adolescent perturbé s’enfuit de la clinique Bellavista, où il a été placé il y a un peu plus d’un an. Le temps presse : en ce 11 novembre, Lowboy ne dispose que de dix heures pour empêcher l’apocalypse, le grand incendie planétaire. Dans sa fuite, il ne peut compter que sur le soutien d’Emily Wallace, la fille dont il est éperdument amoureux sans vraiment s’en rendre compte. Pendant ce temps, Yda Heller, sa mère, et Ali Lateef, inspecteur spécialiste des disparitions, se lancent à sa recherche…
Auteur américain né à Washington D.C. en 1971, John Wray respecte dans ce roman la règle des trois unités : le temps (une journée), le lieu (New York) et l’action (la quête du héros). Si l’intrigue exposée initialement semble classique, la course-poursuite à travers les rues et les souterrains de la froide et indifférente mégalopole prend vite une tournure étrange. Une grande partie de l’action se déroule dans les rames et les tunnels du métro new-yorkais ; dans ces lieux marqués par la musique obsédante du do dièse et du la de la fermeture automatique des portes, Lowboy fait d’étranges rencontres : un vieux sikh plein de sagesse, une clocharde qui tente de le déniaiser, un être qui se fait appeler « le Hollandais » et semble irréel…
Cette plongée dans les entrailles de la ville devient peu à peu une plongée dans les tréfonds de l’esprit d’un adolescent qui cherche avant tout à grandir. Aussi brillant que fou, Lowboy est entier et incapable de mentir ; les réactions que son comportement suscite finissent par dévoiler la vraie nature des autres personnages. L’ambiguïté de sa relation avec Emily n’a d’égale que celle qui lie pendant quelques heures l’inspecteur Lateef et Violet, surnom qu’il a donné à sa mère. Celle-ci laisse apparaître au fil des pages sa part d’ombre et ses sautes d’humeur trahissent sa relation complexe avec son fils. Peu avare de clins d’œil, John Wray lui attribue des origines autrichiennes et donne une allure d’officiers nazis à Tête de Mort et Pavillon Noir, les deux gorilles de la clinique chargés de retrouver Lowboy.
Des quais de l’Hudson à Central Park, de Harlem à Union Square, l’auteur décrit l’odyssée parfois hésitante de son héros dont le lecteur finira par comprendre le véritable objectif. Après avoir arrêté son traitement (Zyprexa, Clozaril, Haldol, Largactyl…) qui a tendance à le rendre impuissant, Lowboy sent monter en lui un feu, une brûlure intérieure que sa quête seule peut apaiser. L’écriture alerte, quasi-théâtrale de John Wray insuffle à ce roman une tension, une électricité même qui n’exclut pas une réflexion, discrète, sur la place de la folie dans les sociétés modernes.
Par Alexandre Drier de Laforte
