Marc Minon
Cairn - Portail des revues

Comment est né le portail de revues ?
Le projet remonte à environ 5 ans, il est né du constat d’une érosion, lente mais réelle, et donc inquiétante, de la diffusion sur abonnements de leurs revues, et d’une chute des ventes au numéro en librairies. Parallèlement, de plus en plus de publications en anglais étaient disponibles « en ligne », ce qui contribuait à en améliorer la visibilité et à en accroître l’impact. Le risque était donc double : voir les bibliothèques déréférencer des revues de langue française pour acquérir des ressources numériques en anglais, et voir les auteurs délaisser peu à peu les revues françaises pour les périodiques étrangers. Il y avait donc urgence. Mais l’atomisation du paysage éditorial français rendait les choses difficiles. Constatant qu’aucune d’elles n’avait la taille pour développer une version électronique de ses publications, quatre maisons d’édition, trois françaises (Belin, Erès et La Découverte) et une belge (DeBoeck) ont donc décidé d’unir leurs efforts pour développer un portail de revues, Cairn, et en assurer la promotion et la commercialisation. Ce portail rassemble désormais plus de 200 titres provenant de près de 50 éditeurs, publics ou privés. Le site propose le texte intégral de leurs revues, les numéros les plus anciens étant, en règle générale, en accès libre tandis que les numéros les plus récents sont commercialisés article par article, ou au contraire dans le cadre de « bouquets » de revues.
Pensez-vous que cette offre numérique soit complémentaire de l’offre papier, ou que la diffusion numérique entraîne progressivement la disparition du support papier ?
Sur les 200 titres présents sur Cairn, 198 existent également sur support papier. Dans notre cas, le numérique constitue donc une forme d’exploitation secondaire ou dérivée d’œuvres dont la version première reste la publication sur support papier. Ceci dit, on voit bien que le numérique est à même non seulement d’amplifier, mais de démultiplier l’audience d’une revue ; il n’est pas rare, par exemple, qu’un périodique dont le nombre d’abonnés ne dépasse pas quelques centaines, enregistre plus de 100 000 consultations par an sur notre portail. Parallèlement, le numérique permet d’introduire de nouvelles fonctionnalités (la recherche en texte intégral, les liens entre articles, l’ajout éventuellement de données ou de séquences audio ou vidéo, etc.). Et, dans le même temps, les pratiques de lecture et les modes d’accès à l’information évoluent... Dans le domaine des revues, il n’est donc nullement exclu qu’à horizon relativement proche, le numérique devienne la version première des œuvres et la version papier la version secondaire ou dérivée.