Marseille au Moyen Age, entre Provence et Méditerranée, Les horizons d’une ville portuaire

Coordonné par Thierry PÉCOUT

Éditions : Désiris
Parution : 6 septembre 2009
Prix : 39 euros
ISBN : 978-2-915418-35-4
Publié avec le soutien du CNL

Note de lecture

Partir à la découverte du passé médiéval de Marseille, période relativement méconnue de l’histoire de la ville, voilà ce à quoi nous invite le bel ouvrage dirigé par Thierry Pécout, spécialiste de l’histoire de la Provence, qui contribue à combler avec bonheur une lacune relative de l’historiographie.

L’ouvrage s’intéresse aussi bien à l’architecture, aujourd’hui largement disparue, de la ville, qu’aux acteurs politiques, économiques ou encore religieux.

L’espace urbain est passé au peigne fin : l’ouvrage livre un compte-rendu complet des dernières découvertes archéologiques concernant les matériaux et les techniques de construction utilisés, les superficies et l’agencement des édifices, la configuration des rues, des différents quartiers, la densité de l’habitat ou les étapes de l’extension urbaine.

Au plan politique, les rivalités entre le pouvoir vicomtal, le pouvoir épiscopal et les communautés ecclésiastiques ont retenu l’attention des chercheurs. L’affirmation du pouvoir communal, essentiellement détenu par les grands marchands bourgeois de la ville, rapproche Marseille des grandes communes italiennes de la même époque.

La vie quotidienne des Marseillais fait également l’objet de plusieurs chapitres. On citera à titre d’exemple l’étude de la communauté juive de la ville. Quartiers d’habitation, métiers exercés, pratiques religieuses, relations avec les autres habitants sont finement décrits. Contrairement à ce qu’affirment d’autres études, les Juifs de Marseille semblent avoir été moins souvent marchands que médecins. S’il existe des juiveries, il n’y a pas de ségrégation institutionnalisée et les Juifs ne sont pas contraints d’y vivre.

L’histoire culturelle, de même que celle des pratiques sociales et religieuses, n’est pas oubliée. Comme dans beaucoup d’autres villes médiévales, les ordres mendiants jouent un rôle clé, tout comme les confréries. Mais Marseille a la particularité d’abriter le couvent des Trinitaires qui se consacrent au rachat des chrétiens captifs des Musulmans. En vertu de ses activités portuaires, la ville entretient en effet des relations constantes avec les autres grandes places du commerce méditerranéen ainsi qu’avec les autres grandes villes provençales, alliées ou rivales politiques et économiques. L’ouvrage présente, cartes à l’appui, une étude précise de l’organisation, des routes et des lieux importants de ce commerce qui dessine « les horizons d’une ville portuaire ».

Les documents, nombreux et variés, mis à la disposition du lecteur, constituent l’autre particularité de l’ouvrage. Certains d’entre eux sont inédits, telle une maquette de la ville datant du milieu du XIVe siècle. Les sources écrites, textes notariés, comme les testaments, ou encore législatifs sont généralement reproduites en latin et accompagnées d’une traduction.

Les reconstitutions de quartiers, d’ateliers, d’édifices religieux, les objets du quotidien, sceaux, monnaies ou miniatures forment un ensemble documentaire très riche qui étonnera le curieux et offrira d’utiles ressources aux chercheurs, au même titre que la bibliographie thématique. Les lecteurs moins avertis regretteront peut-être l’absence d’introduction et de conclusion rappelant le contexte politique et économique général et mettant en perspective les savoirs érudits présentés dans les différentes contributions. Il n’en demeure pas moins que l’ouvrage, qui se compose des contributions de vingt-quatre universitaires français et étrangers actualise utilement les connaissances scientifiques relatives au passé médiéval de Marseille en multipliant les « angles d’approche » et les objets d’étude afin de parvenir à la synthèse la plus complète possible. La diversité des sources et des méthodes, revendiquées par les auteurs, constituent l’un des atouts de cette publication.

Par Caroline Chevallier