Hypatie d’Alexandrie
Maria DZIELSKA
Éditions : Éditions des Femmes
Parution : 18 mars 2009
Prix : 16 euros
Traduit de l’anglais par Marion Koeltz
ISBN : 978-2-7210-0592-2
Publié avec le soutien du CNL
Note de lecture
À ceux que les péplums hollywoodiens laissent froids, l’étude que l’historienne polonaise Maria Dzielska consacre à la philosophe grecque Hypatie d’Alexandrie paraîtra certainement plus stimulante. À ceux qu’ils émeuvent, cette biographie apportera d’importants compléments. Quelques semaines à peine en effet après la sortie d’Agora, le dernier film d’Alejandro Amenábar, les éditions Des Femmes publient la traduction de ce texte initialement paru en 1995 dont ce n’est pas le moindre des mérites que de lever les approximations historiques et de révéler, sous la stratification des projections fantasmatiques et des intérêts politiques, idéologiques ou religieux, la figure d’une personnalité marquante de l’Antiquité.
Pour cela, il faut dépasser les brumes séduisantes d’une légende construite au fil des siècles, légende à laquelle rationalistes, romantiques et positivistes apportèrent une contribution souvent passionnée. De Voltaire qui la posait en « victime innocente d’un christianisme naissant », fanatique et prédateur, à Leconte de Lisle qui reconnaissait en elle « le souffle de Platon et le corps d’Aphrodite », en passant par les féministes contemporaines qui en firent la figure de la femme abattue par la société misogyne, Maria Dzielska défait patiemment les discours dominants, quelque peu réducteurs, pour révéler une réalité autrement plus complexe. S’affrontant aux rares sources que nous possédons encore, et notamment la correspondance de Synézios de Cyrène, un de ses disciples, ou la Chronique de Socrate le Scolastique, l’historienne reconstitue minutieusement le contexte politico-religieux quelque peu troublé de ce IVe siècle, déchiré entre chrétiens et défenseurs de la foi païenne, en le replaçant au cœur des luttes de pouvoir entre l’épiscopat et le pouvoir impérial.
Ni chrétienne ni apologue des croyances grecques traditionnelles, Hypatie défendait l’ancienne structure de la civitas fondée sur un gouvernement civil laïque et sur le débat. Jouant « un rôle politique, social et culturel important à Alexandrie », elle enseignait la philosophie, les mathématiques, l’astronomie à une communauté intellectuelle cosmopolite et choisie qu’elle préparait aux « mystères de la théologie ». Est-ce l’admiration qu’on lui vouait qui poussa le patriarche Cyrille à lancer une campagne de diffamation visant à la faire passer pour une sorcière qui aurait envoûté Oreste, gouverneur d’Égypte ? Qu’elle fût belle ou chaste n’y changeât rien : elle finit lynchée et brûlée en 415 par des chrétiens qui restèrent impunis. Et fut tuée une deuxième fois par les historiens chrétiens, prédominants dès le IVe siècle, qui achevèrent d’effacer les traces déjà limitées et indirectes de son enseignement ésotérique.
Par Valérie Nigdélian Fabre

