Plon-Plon le Bonaparte rouge

Michèle BATTESTI

Éditions : Perrin
Parution : 21 janvier 2010
Prix : 27 euros
ISBN : 9782262022860
Publié avec le soutien du CNL

Note de lecture

Le prince Napoléon est un bon « objet » biographique. Une enfance en exil, un père dépensier, toujours à court d’argent, une éducation européenne, une sœur, Mathilde, qui tint un salon ouvert aux célébrités du second Empire, un cousin, Napoléon III, avec qui l’on eut des relations ambivalentes, des amours avec des actrices (Rachel, Madame Plessis-Arnould), avec des demi-mondaines (Cora Pearl, Jeanne de Tourbey), des relations charnelles suivies d’une amitié constante avec Sophie de Wurtemberg qui deviendra reine des Pays-Bas, une épouse dévote, la fille du roi de Piémont-Sardaigne, Clotilde, dont on rapporte qu’elle fit arroser d’eau bénite la chambre nuptiale avant de consommer le mariage, une intelligence que chacun se plaît à apprécier, mais aussi une versatilité qui déconcerte, un goût des voyages qui conduit à s’aventurer jusqu’au Spitzberg, un courage manifeste, mais aussi des dérobades, des lassitudes soudaines, tout cela fait du prince Napoléon à la fois un sujet romanesque et un caractère dont la constance et les variations appellent des péripéties d’autant plus intéressantes qu’elles ont pour arrière-plan la guerre de Crimée, le Risorgimento, l’Unité allemande, l’évolution lente de l’Empire autoritaire à l’Empire libéral, et pour finir, la guerre de 1870 et les commencements de la Troisième République. Michèle Battesti nous propose ainsi, à partir de la vie de Plon-Plon, une traversée des événements historiques depuis 1840 jusqu’à la fin du siècle. Comme le prince Napoléon fut libéral, sur le plan économique et sur le plan des mœurs, comme il fut républicain, au point d’être opposé au coup d’Etat et d’avertir Hugo que sa vie était menacée, comme il avait pour ami Sand, Renan, Sainte-Beuve, Berthelot, comme il eut l’idée de favoriser les associations ouvrières, l’évocation biographique réfracte les conflits idéologiques de l’époque, tandis que l’intelligence ou l’aveuglement politiques du Prince permettent d’évoquer Sadowa (il ne comprit tout d’abord rien à la montée de la Prusse), Sedan et le désastre de 1870 (enfin conscient des manœuvres de Bismarck, il s’opposa vainement au bellicisme d’Eugénie). Le Prince devient ainsi, dans cet ouvrage, une sorte de sujet-monde dont l’éclairage psychologique, biographique, politique, renvoie par contrecoup à toute l’histoire européenne de la deuxième moitié du siècle, mais aussi aux mœurs, aux sociabilités, aux pratiques culturelles de l’aristocratie et de la grande bourgeoisie (la maison pompéienne du prince Napoléon tint d’une maison-musée, le parc du château de Meudon devint quasiment un parc animalier).

Il en ressort un personnage attachant, complexe, dont l’effectuation des projets politiques ne fut jamais complète, peut-être en raison de la contradiction qui le travailla tout au long de sa vie, celle de sa double fidélité au bonapartisme et au libéralisme. Michèle Battesti rend compte fort bien de ces tensions, elle écrit agréablement, elle informe à partir de documents inédits, tout en dressant le portrait vivant d’un homme dont le destin intéresse d’autant plus qu’il conjoignit le brio et l’échec.

Par Jean-Louis Cabanès