Univers parallèles

Thomas LEPELTIER

Éditions du Seuil
Parution : 4 mars 2010
Prix : 20 euros
ISBN : 978-2-02-097415-8
Publié avec le soutien du CNL

Note de lecture

L’univers observable est-il unique ou n’est-il qu’un univers parmi une infinité d’autres dans lesquels des doubles de chacun d’entre nous mènent une existence parallèle ? La théorie de la pluralité des mondes, qui existe depuis la nuit des temps, semble revenir en force depuis la seconde moitié du XXème siècle, non seulement dans la littérature de science-fiction mais également via de nombreuses études scientifiques.

Rien de surprenant à ce que ce soit Thomas Lepeltier qui se penche à son tour sur cette hypothèse subversive. Philosophe et historien des sciences, chargé de cours à l’université d’Oxford, cet auteur a pris ces dernières années l’habitude de faire grincer les dents de ses confrères scientifiques en publiant d’impertinents et ironiques essais sur le créationnisme (Darwin hérétique et Vive le créationnisme !).

Son essai intitulé Univers parallèles débute en égrenant dans l’ordre chronologique les diverses théories qui ont tenté d’expliquer la naissance de l’univers à travers l’histoire et montre comment certaines d’entre elles sont revenues à la mode à travers des raisonnements et observations scientifiques parfois très différentes. Cela permet notamment à l’auteur de réfuter le fait que le dogme d’un univers éternel dominait les esprits au XXème siècle comme l’affirment certains de ses confrères.

Thomas Lepeltier expose ensuite les théories sur des mondes en quatre, cinq ou vingt-six ( !) dimensions et les relie à celles portant sur les univers parallèles. Enfin, en critiquant l’idée de Karl Popper selon laquelle la science se définit d’abord par la réfutabilité, il cherche à faire comprendre à quel point la science ne saurait résoudre une énigme telle que celle de la nature de l’univers sans, parfois, laisser libre cours à un peu d’imagination…

Volontiers pédagogue et de formation pluridisciplinaire, Thomas Lepeltier utilise des exemples compréhensibles par tous et fait volontiers référence à la littérature (H.G. Wells, Gaston de Pawlowski, Larry Niven…) qui, parfois, a su inspirer les scientifiques. Mais c’est en évoquant Auguste Blanqui (précurseur, à la fin de sa vie, des mondes parallèles) qu’il achève son essai ainsi qu’il l’avait commencé. Peu avare en figures de style, il compare la tendance des théories scientifiques à tomber dans l’oubli au mythe de l’éternel retour. Un univers qui renaîtrait tel un phénix de ses cendres est d’ailleurs une hypothèse qui elle aussi a connu ses heures de gloire par intermittences dans l’histoire des sciences.

Sans jamais se départir d’une nécessaire rigueur scientifique, il ne cesse de souligner les implications philosophiques et théologiques de la théorie des « multivers » : quel individu n’est pas frappé par l’idée de l’existence d’un ou plusieurs doubles de lui-même ? Et l’idée d’un dieu unique est-elle compatible avec celle de mondes multiples ?

Par Alexandre Drier de Laforte