Situation économique des librairies de 1er niveau
Synthèse de l’étude 2003
Le ministère de la culture et de la communication a réalisé, en concertation et avec l’appui du Syndicat de la librairie française, une actualisation de l’étude de 1992 sur la situation économique et financière de la librairie de 1er niveau.
Le terme de " librairie de 1er niveau " vient de la segmentation opérée par les diffuseurs et désigne, selon les cas, les 700 à 1300 librairies les plus importantes ; elles représentent 60% à 75% du chiffre d’affaires des éditeurs.
Sur les 224 librairies (généralistes ou spécialisées) composant l’échantillon, 96 ont répondu (soit, selon les définitions, 8% à 15% des librairies de 1er niveau) sur leur exercice 2001 / 2002, représentant un chiffre d’affaires cumulé de 262 M€ en livres (soit près de 10% des ventes de livres au détail).
Un réseau très diversifié
Le premier enseignement est celui de l’extrême diversité des librairies de 1er niveau : dans les réponses reçues, les chiffres d’affaires varient de 0,2 à 55 M€ et les surfaces de 75 à 6000 m² ; la part du livre dans le chiffre d’affaires (86% en moyenne) varie de 32 à 100% et le poids du principal rayon de 15 à 100% ; 65% des répondants sont situés dans des zones urbaines de plus de 100.000 habitants et 14% dans des zones de moins de 50.000 habitants.
Les romans, les essais et les sciences humaines représentent près de la moitié du chiffre d’affaires
La littérature générale occupe logiquement une place prépondérante dans le chiffre d’affaires des librairies de 1er niveau : elle représente 42% du chiffre d’affaires des répondants (22% pour les romans, 20% pour les essais et sciences humaines). Viennent ensuite les rayons " universitaire, sciences et techniques, droit et médecine " (13%), jeunesse (11%), scolaire (9%), pratique (10%), art (6%), bandes dessinées (5%) et parascolaire (4%).
Le poids des distributeurs
La part cumulée des deux premiers distributeurs (Hachette et Editis-Interforum) varie de 12% à 70%, la moyenne pondérée se situant à 44%. La part des cinq premiers distributeurs (Hachette et Editis-Interforum, Gallimard-Sodis, Flammarion-UD et Seuil) sur la période concernée par l’étude (exercice 2001/2002) varie quant à elle de 54% à 99% et s’élève à 72% en moyenne pondérée.
Conditions commerciales : des évolutions contrastées
S’agissant des conditions commerciales obtenues par les librairies auprès des diffuseurs, l’enquête 2003 fait apparaître des évolutions contrastées. La remise obtenue auprès des diffuseurs est plus élevée qu’en 1992 : 36,4% en moyenne contre 35,5% en 1992, même si la moyenne masque de grandes disparités, puisque la remise s’échelonne de 31% à 40%.
Le niveau du taux de remise obtenue ne s’explique pas uniquement par le chiffre d’affaires : il est également très lié à la nature des fonds diffusés (entre 36% et 37% en moyenne pour la littérature générale, la jeunesse et la BD, et entre 30% et 32% pour le pôle " enseignement, sciences et techniques, médecine et droit ").
Les délais de paiement obtenus auprès des éditeurs/distributeurs semblent en revanche s’être resserrés par rapport à 1992 : le délai moyen s’établit désormais à 70 jours en moyenne (contre 78 en 1992).
Avant le plafonnement des rabais, l’accès au marché des collectivités devenait de plus en plus difficile pour les libraires
La part des ventes aux collectivités (moins de 20% en moyenne), pratiquées par plus de 90% des répondants, est en recul sensible par rapport à 1992 même si elle reste extrêmement variable d’une libraire à l’autre (de 0% à 75% du chiffre d’affaires).
Les petits points de vente ont été les plus touchés par ce recul des ventes aux collectivités, alors même qu’elles représentent en proportion une part plus élevée de leur chiffre d’affaires. La forte hausse du rabais moyen, qui progresse de près de 3 points (de 15,7 à 18,6%), explique très largement ce phénomène d’éviction au profit des grossistes ou de librairies plus importantes, certains petits libraires se retirant volontairement des marchés afin de ne pas pénaliser leur trésorerie déjà fragile en accordant des rabais trop élevés.
Ce recul est néanmoins préoccupant car la perte de marchés de collectivités peut entraîner pour la librairie, par la diminution du volume d’affaire qu’elle induit, une diminution de la remise obtenue des fournisseurs sur l’ensemble des commandes (détail et collectivités).
Rappelons cependant que les réponses fournies portent sur une période antérieure à l’entrée en vigueur de la loi du 18 juin 2003, qui a plafonné les rabais sur les ventes aux collectivités de livres non scolaires.
Les marchés de livres scolaires, présents chez la moitié des répondants, représentent plus de 35% du total des ventes aux collectivités. Cette proportion risque de diminuer rapidement par les modalités de mise en œuvre de la gratuité intégrale des livres scolaires dans les lycées mise en œuvre dans certaines régions. Les marchés de livres scolaires se caractérisent par un niveau de rabais sensiblement plus élevé (18,5% en moyenne, soit un écart avec les marchés non scolaires de 3 à 4 points) alors même que les remises obtenues des diffuseurs (30%) est nettement plus faible.
Cette hausse du rabais accordé aux collectivités, s’ajoutant à une légère hausse du rabais accordé sur la vente au détail (5 % maximum), fait que le rabais moyen global consenti par les répondants à l’enquête 2003 est plus élevé d’environ un point par rapport à 1992. Pour un grand nombre de librairies, l’amélioration des remises obtenues des fournisseurs a donc été captée par les acheteurs de livres et, pour une part importante, par les collectivités.
Une hausse des charges que ne compense pas l’amélioration de la rentabilité
La marge commerciale s’établit en moyenne à 31,4% du chiffre d’affaires (contre 30,7% en 1992). Cette amélioration est toutefois en grande partie absorbée par la hausse de plusieurs postes de charges, en particulier celles des charges de loyer (de 2,1% à 2,4%) et des coûts de transport (de 1,3% à 1,5%), particulièrement pour les plus petits points de vente. La localisation des librairies demeure déterminante quant au montant de ces deux postes : les librairies franciliennes supportent des charges de loyer sensiblement plus élevées (3,9% à Paris, 2,9% en région parisienne, 2,1% en région) tandis que les librairies en région supportent des coûts de transport deux fois plus importants (1,8% contre 0,7% pour Paris et région parisienne). Mais, en moyenne, la hausse cumulée des deux postes entre 1992 et 2003 est la même quelle que soit l’implantation. La dotation aux amortissements se situe également à un niveau plus élevé qu’en 1992 (1,8% en moyenne, contre 1,6%), ce qui semble attester d’un niveau d’investissement plus important.
Les charges de personnel (17,2% du chiffre d’affaires) sont stables par rapport à l’enquête 1992. Là encore, cette moyenne masque une très grande diversité des situations, puisque le chiffre varie de 9% à 25%.
Les frais financiers se situent en revanche à un niveau très sensiblement inférieur à 1992 : 0,5% contre 1,4% en moyenne, ce qui s’explique en partie par la forte baisse des taux intervenue entre les deux périodes et sans doute aussi par le développement des politiques d’aides économiques (prêts à taux zéro de l’ADELC et du Centre national du livre, aides régionales) Cette forte baisse des frais financiers, conjuguée avec la baisse des autres charges telles que les coûts d’affranchissement et de télécommunication grâce au développement de l’EDI permet au final un niveau de résultat plus élevé qu’en 1992.
Le résultat net s’établit en effet en 2003 à 2,0% contre 0,5% en 1992 (2,6% contre 0,9% pour le résultat avant impôt). Cette évolution de prime abord favorable de la rentabilité des librairies de 1er niveau appelle cependant deux remarques :
l’enquête 2003 est centrée sur les années 2001 et 2002 qui s’inscrivent dans un cycle dynamique du marché ;
ce résultat demeure inférieur d’au moins 0,5 point à celui du commerce en général
Les libraires estiment manquer de moyens propres pour accompagner un développement jugé indispensable
Le sujet de préoccupation le plus cité dans les commentaires que les libraires interrogés ont joint à leur réponse est celui de l’agrandissement, vécu comme une nécessité pour affronter la concurrence des grandes surfaces culturelles et des hypermarchés. Il est immédiatement suivi par le resserrement des conditions des fournisseurs, qu’il s’agisse des remises ou des délais de paiement. Viennent ensuite la hausse des charges (particulièrement l’explosion des coûts de transport et des loyers), la difficulté de rémunérer correctement le personnel, la surenchère sur les rabais aux collectivités (souvent accompagnée d’une expression de satisfaction face au vote de la loi du 18 juin 2003 limitant les rabais aux collectivités) et la question de l’impact sur les libraires de la gratuité du livre scolaire dans les lycées. Enfin, les libraires ont rappelé leurs inquiétudes quant à la transmission de leurs entreprises.
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Si les librairies de 1er niveau apparaissent à certains égards dans une situation économique plus favorable en 2003 qu’en 1992, elles demeurent néanmoins l’un des commerces les plus fragiles, notamment parce qu’elles sont soumises à des facteurs externes qu’elles ne maîtrisent pas (politiques des diffuseurs, décisions de collectivités publiques, augmentation des charges - loyers, transport... -). Dans ce contexte, les librairies ont pourtant continué de s’agrandir et de se moderniser, sans avoir toutefois la capacité financière suffisante pour rémunérer à sa juste valeur le personnel qualifié dont elles ont besoin pour valoriser pleinement auprès du public la diversité de leur offre et leurs compétences en matière de services et de conseil.
La librairie doit aujourd’hui relever un double défi : poursuivre et amplifier son développement alors que ses capacités propres d’investissement restent limitées ; assurer la transmission à de jeunes libraires qui ne disposent pas des moyens personnels pour racheter des sociétés dont la valeur s’est accrue du fait de leur développement et de leur emplacement en centre-ville. S’y ajoute la fragilité sans doute accrue des librairies dites " de deuxième niveau ", c’est-à-dire de taille plus modeste (du 1500e au 12.000e point de vente), sur lesquelles le ministère de la culture et de la communication souhaite lancer une étude en 2005.
Ces différents enjeux donnent tout son sens au caractère prioritaire de l’action de ce ministère en faveur du maintien et du développement des librairies.


