Anthologie du lied

Édition bilingue établie par Hélène CAO et Hélène BOISSON

Éditions : Buchet Chastel
Parution : 25 mars 2010
Texte allemand établi et traduit par Hélène Boisson
Prix : 35 euros
ISBN 9782283023747
Publié avec le soutien du CNL

Note de lecture

Le lied, genre musical de première importance qui célèbre la poésie romantique allemande, s’étend sur presque 200 ans de l’histoire de la musique classique. Il naît au milieu du XVIIIe, atteint son apogée au siècle romantique, servi par ces grands créateurs que sont, entre autres, Schubert, Schumann et Brahms, et s’éteint avec les derniers feux d’un postromantisme qui coïncide approximativement avec les Vier letzte Lieder de Richard Strauss, en 1948.

L’anthologie d’Hélène Cao et Hélène Boisson qui couvre essentiellement la période romantique, se compose de deux grandes parties : la première classe les différents recueils et cycles composés par les musiciens, la deuxième recense, par écrivain, les lieder isolés. Si les générations successives de compositeurs nés entre 1750 et 1890 s’adonnent à ce genre, jusqu’à Webern, Berg, Schoeck, en revanche, leurs successeurs, Weill, Krenek, Korngold ainsi que les représentants de la Neue Sachlichkeit, rompent définitivement avec la tonalité générale, les thèmes et la facture romantiques.

Initialement composé pour l’usage privé de la bourgeoisie et empruntant tout à la fois au Kunstlied (chant savant), à la ballade dramatique, au choral luthérien et au Volkslied (chant populaire), le lied s’émancipe doucement de ses origines, pour devenir, sous l’égide de Schubert, un art à part entière qui s’épanouit dans les salles de concert, et devient la forme privilégiée d’une grande partie des compositeurs romantiques de langue allemande.

D’abord simple soutien, le piano acquiert au fur et à mesure de ce mouvement d’émancipation, une véritable autonomie, servant le texte, tandis que la voix s’affranchit toujours plus des contraintes de ce dernier et de la structure poétique. Prenant de plus amples libertés avec la matière première du poème, les compositeurs élaborent un alliage subtil de poésie et de musique, qui se fond dans les grands thèmes romantiques, de la nature propice au recueillement et à l’expérience panthéiste, au désarroi amoureux, en passant par le motif de la nuit ou celui du voyage (personnage du Wanderer récurrent chez Schubert notamment) et l’étrangeté au monde qu’il suscite, etc.… Notons qu’un glossaire répertorie avec avantage ce foisonnement de thèmes auquel s’ajoutent une discographie des plus grands enregistrements de l’histoire du lied au disque, une bibliographie fournie ainsi que des notices sur tous les compositeurs recensés.

A partir du milieu du XIXeme siècle et davantage encore à l’orée du XXeme, certains compositeurs, comme Strauss, Berg ou Mahler, en quête d’un format symphonique plus ample, orchestrent certains lieder, ou écrivent directement des œuvres pour voix et orchestre. Mahler pousse cette logique jusqu’à inclure des lieder entiers dans ses grandioses symphonies, au point d’abolir les frontières entre les deux genres dans das Lied von der Erde.

Mais cette hybridation est restée sans lendemain. Le lied reste avant tout un art intime, dont l’équilibre fragile repose sur la grâce d’un chant dépourvu des artifices de l’opéra et sur la richesse intérieure de ses interprètes, capables de « nuancer un paysage mental » et « de sonder l’intimité de l’être »…

Par Richard Bouille